Minggu, 09 Februari 2020

Category: Livres,Etudes supérieures,Université

?uvres Details

L'oeuvre de Mark Twain (1835-1910) est considérable. A une anthologie rendant compte de sa diversité, on a préféré le remembrement, en quatre ouvrages, d'un territoire de l'imagination de l'auteur : son petit carré de terre natale, d'où il a tiré un monde d'histoires qui n'ont pas cessé d'enchanter, et des images d'une Amérique que nul n'avait montrée avant lui, une Amérique des lisières, celle de l'Ouest à demi-sauvage, qui se confondait presque entièrement avec celle du vieux Sud esclavagiste. Sont réunis ici quatre textes dans lesquels s'exprime l'inspiration mississippienne de l'écrivain : trois romans et un long récit, La Vie sur le Mississippi. Trois de ces oeuvres, Tom Sawyer, Huckleberry Finn et le récit consacré au Père des eaux, sont accompagnées de l'intégralité des illustrations qui figuraient dans les publications originales. Les origines de Twain lui donnent accès, en plein coeur de cet immense chantier politique, économique et culturel qu'est le XIXe siècle aux Etats-Unis, à un carrefour d'états et de conditions de la vie américaine, auxquels ses propres complexités intérieures sauront faire écho. Des aventures sensationnelles de Tom Sawyer dans un village digne d'un conte de fées, aux terreurs de l'esclavage qui entraînent une métisse et son fils dans une folie de destruction mutuelle (c'est la tragédie contée dans David Wilson), en passant par les splendeurs et le déclin de la batellerie du Mississippi, Twain aura fait le tour du propriétaire, haussant un monde d'expériences personnelles au rang de patrimoine national. Encore fallait-il qu'à un moment de sa vie et de son activité littéraire, il ressentît l'appel de son enfance perdue. Huckleberry Finn, son chef-d'oeuvre, donne la clef de ce retour amont en quatre temps vers la minuscule capitale de sa mémoire, où il met au jour quelques-unes des fondations de la société américaine. Le microcosme mississippien est le refuge des escrocs et imposteurs de tout poil ; le Sud esclavagiste, une mascarade tragique où ni le maître ni l'esclave ne sont ce qu'ils paraissent. L'identité, qu'est-ce précisément ? Une fiction ? Qui est encore libre au pays de la déclaration d'Indépendance ? C'est, au fond, la question qui hante Huckleberry Finn, roman écrit dans une langue neuve, inouïe, l'américain, à laquelle l'éblouissante traduction de Philippe Jaworski rend pleinement justice.

Reviews

They did it again... !Les puissances conjuguées de LA collection de prestige de l'édition française et d'un maître d'?uvre des plus avisés permettent aux lecteurs de continuer à avoir accès dans les meilleures conditions à des joyaux de la littérature américaine. Philippe Jaworski, après la somme colossale qu'ont constitué les quatre volumes Melville - Melville : Oeuvres, tome 1,OEuvres, II : Redburn - Vareuse-Blanche,OEuvres, III : Moby-Dick - Pierre ou Les Ambiguïtés,OEuvres, IV : Bartleby le scribe - Billy Budd, marin et autres romans - et un ensemble Fitzgerald qui n'a pas non plus dû être une mince affaire - Romans, nouvelles et récits I, II - s'est cette fois-ci chargé presque tout seul d'un volume consacré à Mark Twain.On peut d'ailleurs regretter dès l'abord que Twain n'ait quant à lui droit qu'à un seul volume, mais il est évident que personne ne regrettera le choix des quatre ?uvres finalement retenues (voir présentation de l'éditeur ci-dessus). S'il était impensable qu'un volume Twain ne comprenne pas Tom Sawyer et Huckleberry Finn, si le récit La Vie sur le Mississippi s'imposait comme leur complément logique, l'inclusion du hélas trop peu connu "The Tragedy of Pudd'nhead Wilson" - titre ici rendu par "La Tragédie de David Wilson le Parfait Nigaud" - permettra sans doute à plus d'un de découvrir ce roman complexe, à n'en pas douter un des textes majeurs de l'auteur.N'y allons pas par quatre chemins. Qu'il s'agisse de l'introduction générale, des notices ou des notes, on trouvera ici absolument tout ce qu'on peut attendre de l'appareil critique d'un volume de cette collection. Hormis Tom Sawyer, pour lequel Thomas Constantinesco a signé la traduction, la notice et les notes, tout cet appareil critique a donc été écrit par Philippe Jaworski. C'est peu dire qu'ils font tous deux un sort à tous les aspects, des aléas de l'écriture (très importants dans le cas de Twain, avec par exemple la fameuse interruption et les changements de cap aux moments charnières de la rédaction de Huck Finn) aux impératifs économiques (liés ici à la vente par souscription), des indications biographiques sur l'homme Samuel Clemens aux contradictions de l'auteur Mark Twain. Impeccablement rédigées, les notices n'ont rien d'indigeste et permettent cependant d'éclairer avec force détails les contextes (celui de l'écriture et, celui, plus large, de l'Amérique dans laquelle évoluait Twain). Il arrive à Jaworski de pointer les beautés et les faiblesses, voire, parfois, de faire ressortir les beautés des passages les plus faibles, comme à propos de certains chapitres de La Vie sur le Mississippi. Thomas Constantinesco explique à propos de Tom Sawyer que s'il est inévitable de le juger à la lumière du chef-d'?uvre ultérieur, il peut également être vu non comme un croquis préparatoire mais comme un aboutissement. Et de fait, les comparaisons entre les textes auxquelles se livrent les analystes - entre ces deux-là, ou par exemple entre les descriptions du Fleuve dans Huck et dans La Vie sur le Mississippi - sont toujours à propos, parfois critiques mais jamais asséchantes.Relativement à cet auteur qui a pu écrire que "tous les hommes de plume sont les valets menottés du public", dont les gestes proprement littéraires ne sont pas légion, on sent néanmoins poindre les restrictions de Jaworski, dont le goût le porte sans doute plus immédiatement vers les univers de Melville et de Fitzgerald. Il a le talent de les exposer nettement sans pour autant se livrer à des jugements hâtifs ou malvenus de l'écrivain et de ses productions. D'une part, il fait émerger tout ce qui est critiquable, de la posture de Twain aux éléments textuels eux-mêmes, en faisant toujours preuve de précision ; d'autre part, c'est avec une grande équanimité qu'il soupèse les questions centrales (le rapport au paradis perdu de l'enfance, à la vie dans le sud, à l'esclavage, etc). Bref, sans baver d'admiration sur la moindre ligne écrite par Twain, il exalte ce que ses textes recèlent de meilleur, et se fait même à l'occasion l'avocat des passages de ses livres qui ont souvent été considérés comme inférieurs - c'est en particulier le cas de la fin de Huckleberry Finn, qu'à la suite d'autres il réhabilite, en mettant en valeur sa cohérence profonde par rapport à tout ce qui l'a précédée.Il est à noter que trois des quatre ouvrages sont accompagnés des illustrations d'origine légendées, celles de True Williams pour Tom Sawyer et d'Edward Kemble pour Huck Finn, devenues très connues aux Etats-Unis. Celles de Puddn'head Wilson ne sont pas incluses, au motif qu'il aurait été trop difficile de reproduire les frises marginales à ce format. Les notices consacrent également quelques pages aux illustrateurs et à la façon dont la maison d'édition et Twain travaillaient avec eux.Reste la question de la traduction. Jusqu'à il y a peu, les lecteurs français n'étaient sincèrement que peu à même de comprendre pourquoi Huck Finn fait repère pour tant de lecteurs américains depuis tant de décennies. Avec la nouvelle version de Bernard Hoepffner, publiée il y a quelques années chez Tristram - Aventures de Huckleberry Finn - et celle de Philippe Jaworski, on peut assurer que les lecteurs français qui ne peuvent absolument pas goûter la langue originale auront enfin accès à ce texte dans de bonnes conditions en traduction. Toutefois, si je ne fais pas partie de ceux qui lâchent le mot "intraduisible" la première difficulté venue, il faut bien avouer que ce livre présente de telles complexités, en particulier pour réussir à rendre parfaitement en français son oralité et ses niveaux de langue sur la longueur, que je ne crois personnellement pas que même les efforts les plus marqués de traducteurs émérites comme Hoepffner et Jaworski suffisent tout à fait.J'entends pourtant d'autant mieux les explications données par Jaworski dans la notice qu'elles sont parfaitement exprimées : "Mais comment Huck écrit-il ? Les fautes d'orthographe, solécismes, impropriétés et incorrections en tout genre dont il se rend coupable, ce savoureux négligé syntaxique, ces approximations lexicales ne doivent pas tromper. Réalisme de la voix moyenne de l'humanité ordinaire oblige : Huck n'est pas si inculte qu'on le dit souvent. Et surtout, le style familier du livre, dont Twain a imposé les vertus expressives, ne se réduit pas à la manière dont l'enfant maltraite, sans pourtant le brutaliser, et encore moins le massacrer, l'anglais de son lieu et de son temps. C'est, plus généralement, la phrase que Twain a su inventer, sa souplesse, la liberté avec laquelle il fait progresser l'énoncé selon ce que voit l'?il, ce que peut le souffle, ce que dicte l'émotion, et surtout l'exigence de dire nûment la vérité du moment, qui définissent la beauté, devenue classique, de son roman vocal." Je constate bien que sa traduction est globalement en accord avec cette définition, qu'il cherche à ne pas sacrifier le parler vernaculaire sans pour autant massacrer le français écrit en essayant de lui conférer à toute force une oralité qu'il avait encore moins il y a un bon siècle qu'à présent. Quoi qu'il en soit, tous ses choix ne me convainquent pas, qu'il s'agisse du jeu sur les temps par exemple - passés simples et passés composés mêlés - où de détails qui me chiffonnent un peu - fallait-il gommer le si fameux "sivilise me" de la première page, qui a fait couler beaucoup d'encre, par l'un peu plat et désespérément correct "polir mon caractère" ? Mais tout cela peut se discuter à perte de vue et ne changera rien au fait que l'effort est plus que méritoire. Je ne sais pas si c'est cette traduction qui s'imposera comme 'la traduction de référence' dans notre langue mais elle constitue indéniablement une très bonne base, pour la découverte comme pour la réflexion sur le texte. Huck Finn s'avère en outre évidemment un cas-limite : les autres textes ne posent pas des difficultés aussi conséquentes en aussi grand nombre et appellent sans doute moins de circonspection. Pour moi, cela étant, ce volume vaut essentiellement par la quasi-perfection de son copieux appareil critique, et c'est avant tout pour lui que je le recommande sans réserves.NB Le titre de mon commentaire est tiré d'une lettre de Twain, citée par Jaworski dans sa notice sur Huck Finn.

Previous Post
Next Post

post written by:

0 Comments: